Archives du mot-clé Poésie

# 42 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Me revoilà aujourd’hui avec un nouvel instant poésie. Je vous propose dans celui-ci un nouveau poème de Charles Baudelaire, car pour moi il reste indétrônable, il y a quelque chose dans ses textes qui me touchent.

baudelaire

Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

La-nuit-etoilee-van-Gogh

La provende des sibylles

provende

Auteur : Philippe Souchet

Genre : Poésie

Edition : Les Eclosions Asynchrones

Titre : La provende des sibylles

Quatrième de couverture :

Quel cadeau offrir à une enchanteresse pour qu’elle accepte de changer votre destinée ?
De la poésie, peut-être…

J’ai tué douze chevaux à force de courir
Après l’une ou l’autre des gemmes idéales
Qui sauront provoquer tes visions infernales.
J’ai parcouru le monde pour ton bon plaisir,

Pour que, de tes encens aux volutes blafardes,
Ou d’un corbeau ouvert aux entrailles bavardes,
Tes souhaits exaucés, me consentant un mot,
Tu me parles de ceux qui sont partis trop tôt.

Vois donc : j’ai arraché d’un volcan d’Atlantis
L’oeil pierreux d’un titan; contemple son iris !
Le soupir de métal aux reflets de lagune
D’un drap lourd de Damas brodé d’or et de lune…

Tu rejettes, blasée, l’une de mes sacoches,
Qui s’ajoute aux trésors à tes pieds amassés.
Que n’ai-je donc pas fait, et que tu me reproches ?
Qu’attends-tu donc de moi si ce n’est pas assez ?

Dans ce recueil, Philippe Souchet utilise toutes les formes poétiques, des plus classiques (quatrains d’alexandrins, d’hexasyllabes, d’octosyllabes) jusqu’à la prose non rimée laissée libre, en longues odes ou en 140 caractères, mais toujours pour revenir aux mêmes thèmes: la passion dévorante, l’absence, l’aventure (tant intérieure que lointaine), l’exploration (aussi bien de mondes antiques ou fantastiques, que celle, plus intime, des facettes contrastées de l’âme humaine).

C’est donc bien dans un voyage magique, hypnotique et initiatique, que ces « sibylles » nous entraînent sur 150 pages, dans un beau livre illustré par Klimt, Moreau, Hugo, Hokusai…

Quelques mots sur l’auteur :

Philippe Souchet est né en 1970. Il vit dans la région parisienne. Après deux romans, Incarnations paru en 2011, et Le retour à Orphalèse en 2016, La provende des sibylles est son premier recueil de poésie.

Ma chronique :

Je tient d’abord à remercier Philippe Souchet pour l’envoi de son recueil et pour la confiance qu’il m’accorde. Je suis un grand admirateur de poésie, comme vous pouvez le découvrir chaque semaine à travers le rendez-vous « L’Instant Poésie », mais je n’ai jusqu’à présent jamais chroniqué de recueil de poésies donc je vais essayer de vous livrer mon ressenti avec mes mots. N’hésitez donc pas à me donner vos remarques en commentaire.

Philippe Souchet, nous offre donc avec La provende des sibylles sont premier recueil de poèmes, et je peux dire que s’est une réussite. Je n’ai pas adhéré à tous ses textes, mais j’ai vraiment apprécié l’atmosphère qui se dégage de se recueil. J’aime beaucoup les différents univers que l’auteur nous propose. Il y a des textes parlant de divinités et de mythologie, d’autres nous parlant de l’actualité, d’autres encore ont plus un style « science-fiction ». Ce mélange a vraiment bien fonctionné sur moi, je ne me suis pas du tout ennuyé à la lecture de ce recueil comme l’on pourrait des fois s’y attendre quand l’on lis ce genre de livre.

Je ne suis pas un expert des genres poétiques, mais je sais quand même en reconnaître quelques uns et en plus des différents univers proposés, j’ai également apprécié les multiples genres utilisés. J’ai bien aimé en fin de recueil les « quelques trilles de l’oiseau bleu » ainsi que nombres de jeux de mots que je vous invite vraiment à découvrir à travers les pages de ce recueil.

Une très bonne idée également est les illustrations qui viennent égayer les pages de ce livre. Nous retrouvons du Hugo et du Klimt entre autre et je trouve cela très agréable d’imager ces textes par de grandes œuvres.

Voilà, j’espère vous avoir donné envie de vous plonger dans ce recueil qui mérite d’être connu. Quant à moi, je continuerais de temps en temps à vous partager des textes lors de mon « Instant Poésie ».

Ma note : 07/10

# 41 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

J’ai le cœur lourd aujourd’hui, car ce matin, comme trop de fois ces derniers temps, au réveil, j’apprends que l’horreur a encore frappée. Je ne comprends pas que l’on puisse s’en prendre à des innocents, à des enfants, à de simples gens cherchant tout simplement dans leurs quotidiens à ne pas penser à toutes ces horreurs et à profiter de la vie qui contrairement à ces fanatiques, ces rejetons du démon, ces innommables personnes, cette vie qui leur était précieuse. Cette vie que nous devons continuer à célébrer. Cette vie que nous devons tous vivre à 100 %, pour montrer à ces monstres que nous sommes tous toujours là, tous ensemble à continuer à croire que ce n’est pas eux les vainqueurs. Alors continuons à lire, à chanter, à rire, à nous exprimer, enfin bref à vivre pleinement cette vie qui nous est offerte.

Dans cette optique, je compte vous proposer tout de même le poème que j’avais prévu de vous présenter cette semaine. Il s’agit encore une fois, d’un texte de Philippe Souchet, tiré de son recueil La provende des sibylles. Recueil dont je vais bientôt vous parler plus concrètement.

Promesses d’un roman

Vas-y, ouvre !
Laisse-toi tenter …

Ça fait un petit moment que tu me tournes autour,
qu’est-ce que tu attends ?

Je te fais peur ?
Qu’est-ce qu’il y a, je suis trop gros ?
Je présente mal ?

J’ai de la bonne came en magasin,
qu’est-ce que tu recherches ?

De la romance ?
Evidemment, c’est ce qu’elles veulent toutes.
J’en ai.
Mais attention, pas de la guimauve, hein ?
Du lourd, avec des amours impossibles, et tout !

Des mecs sublimes
(et des nanas, à toi de voir),
des quiproquos, des engueulades, des retrouvailles…
Et des happy ends à n’en plus finir.

Je vais te faire rêver,
te faire voir du pays,
te faire grimper au rideau.

Tu veux du suspense, en plus ?
Tu aimes ça, hein ?
J’en ai.
Des frissons ?
Je peux t’en donner aussi.

Je vais t’emmener loin d’ici,
dans des coins inimaginables,
sombres à hurler, féeriques à pleurer,
avec des méchants méchants
et des énigmes introuvables.

Je vais te déstabiliser,
te manipuler,
te faire tourner en bourrique,
te perdre à en devenir folle.

Tu me détesteras pour ça.

Tu m’adoreras pour ça.

Euh non… non,
pas d’apocalypse nucléaire ni de zombies, désolé.
Un crime ou deux peut-être, si besoin,
mais la mort, il n’y a pas que ça dans la vie …

C’est ça, rien qu’une petite histoire
alambiquée juste ce qu’il faut,
mais sacrément bien ficelée,
pour t’aérer la tête,
te faire bronzer les neurones !

Allez, ouvre-moi,
Je vais changer ta vie …

livre

pray london

# 40 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Un certain nombre d’entre vous ont peut-être la chance de faire le pont ce week-end et auront donc la chance de profiter à fond du soleil et de la chaleur avec j’en suis certain de bonnes lectures à vos côtés. Pour ma part aujourd’hui, je travail mais dès ce soir je suis en week-end et en plus avec ma femme donc c’est vraiment cool.

Je vous propose aujourd’hui, des extraits d’un poème de Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire, j’espère que cela vous plaira.

Guillaume-Apollinaire

Le Bestiaire 

Orphée

Admirez le pouvoir insigne
Et la noblesse de la ligne :
Elle est la voix que la lumière fit entendre
Et dont parle Hermès Trismégiste en son Pimandre.

La tortue

Du Thrace magique, ô délire !
Mes doigts sûrs font sonner la lyre.
Les animaux passent aux sons
De ma tortue, de mes chansons.

Le cheval

Mes durs rêves formels sauront te chevaucher,
Mon destin au char d’or sera ton beau cocher
Qui pour rênes tiendra tendus à frénésie,
Mes vers, les parangons de toute poésie.

Le serpent

Tu t’acharnes sur la beauté.
Et quelles femmes ont été
Victimes de ta cruauté !
Eve, Eurydice, Cléopâtre ;
J’en connais encor trois ou quatre.

Le chat

Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.

Orphée

Que ton coeur soit l’appât et le ciel, la piscine !
Car, pêcheur, quel poisson d’eau douce ou bien marine
Egale-t-il, et par la forme et la saveur,
Ce beau poisson divin qu’est JESUS, Mon sauveur ?

Le dauphin

Dauphins, vous jouez dans la mer,
Mais le flot est toujours amer.
Parfois, ma joie éclate-t-elle ?
La vie est encore cruelle.

Orphée

La femelle de l’alcyon,
L’Amour, les volantes Sirènes,
Savent de mortelles chansons
Dangereuses et inhumaines.
N’oyez pas ces oiseaux maudits,
Mais les Anges du paradis.

Les sirènes

Saché-je d’où provient, Sirènes, votre ennui
Quand vous vous lamentez, au large, dans la nuit ?
Mer, je suis comme toi, plein de voix machinées
Et mes vaisseaux chantants se nomment les années.

Le paon

En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.

# 39 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Bon, voilà, je sais que ce rendez-vous est initialement prévu le jeudi, mais mes fins de semaines en ce moment sont plutôt chargées. Je vais donc continuer ce rendez-vous mais sans jours précis, disons entre le jeudi et le dimanche. J’aime beaucoup la poésie et ce petit article hebdomadaire me tient vraiment à coeur donc je n’ai vraiment pas envie de l’arrêter mais je ne veux pas me mettre de pression.

Je vais continuer cette semaine à vous présenter des textes tirés du recueil de poèmes de Philippe Souchet, La provende des sibylles, j’ai commencé à en lire quelques uns et j’aime beaucoup, j’espère donc que vous apprécierez tout autant que moi.

sibylles

Brosse à dents

J’ai plongé ma brosse à dents
Dans un verre de lumière, Puis j’ai frotté les poils avec mon pouce,
Près du grand tableau noir,
Faisant naître de centaines d’étoiles.

Aujourd’hui, j’ai créé trois galaxies :
Une verte, en forme de nénuphar,
Une safran, à tête de cheval,
Une bleue, sillage de navire.

galaxie-eso-137-001

# 38 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Vous l’aurez remarqué, nous ne sommes pas jeudi, mais ma fin de semaine ayant été chargée, je n’ai pas eu le temps avant aujourd’hui de vous proposer ce rendez-vous.

Cette semaine, j’ai décidé de vous présenter comme texte, la quatrième de couverture du recueil de poèmes de Philippe Souchet, La provende des sibylles, qu’il a eu la gentillesse de m’envoyer pour que je le chronique.

sibylles

J’ai tué douze chevaux à force de courir
Après l’une ou l’autre des gemmes idéales
Qui sauront provoquer tes visions infernales.
J’ai parcouru le monde pour ton bon plaisir,

Pour que, de tes encens aux volutes blafardes,
Ou d’un corbeau ouvert aux entrailles bavardes,
Tes souhaits exaucés, me consentant un mot,
Tu me parles de ceux qui sont partis trop tôt.

Vois donc : j’ai arraché d’un volcan d’Atlantis
L’œil pierreux d’un titan; contemple son iris !
Le soupir de métal aux reflets de lagune
D’un drap lourd de Damas brodé d’or et de lune …

Tu rejettes, blasée, l’une de mes sacoches,
Qui s’ajoute aux trésors à tes pieds amassés.
Que n’ai-je donc pas fait, et que tu me reproches ?
Qu’attends-tu donc de moi si ce n’est pas assez ?

Voilà, j’espère que ce poème vous plaira, pour ma part, j’ai hâte d’en lire davantage et de découvrir l’univers de cet auteur.

Bonne journée à tous !

# 37 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Je vous ai trouvé aujourd’hui, un poème que je trouve très beau de Pierre de Marbeuf, j’espère qu’il va vous plaire.

Pierre_de_Marbeuf

Le solitaire

… Ô plaisirs passagers de notre vanité !
Êtes-vous donc suivis de quelque éternité ?
Éternité de bien, éternité de peine,
Lorsque je pense à toi tu m’assèches la veine :
Ma plume ni mes vers ne peuvent plus couler,
Ma langue s’engourdit, je ne peux plus parler.
Gouffre d’éternité, tu n’as ni fond ni rive,
De la fin de tes jours jamais le jour n’arrive,
Et ce jour éternel qui toujours s’entre-suit,
Aux plus clairs jugements n’est qu’une obscure nuit.
Que si quelqu’un te nomme alors que je t’écoute,
Hélas ! éternité, mon esprit ne voit goutte.
Tous les siècles qu’on peut figurer par les sens,
Les cents de millions, les milliards de cents,
Ne font d’une minute une moindre parcelle,
Si l’on veut les marquer à l’horloge éternelle. …

Voilà, je vous souhaites à tous une très belle journée.

# 36 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, pour changer un peu, je vais vous proposer la traduction d’un texte d’un poète écossais qui a écrit vraiment de jolis textes. Il s’agit donc de la traduction de My love is like a red red rose de Robert Burns.

robert_burns

Mon amour est une rose rouge, rouge 

Mon amour est une rose rouge, rouge,
Au printemps fraîchement éclose.
Mon amour est une mélodie,
Jouée en douce harmonie.

Si belle es-tu ma douce amie,
Et je t’aime tant et tant,
Que je t’aimerai encore, ma mie,
Quand les mers seront des déserts.

Les mers seront des déserts secs, ma mie,
Les roches fondront au soleil,
Et je t’aimerai toujours, ma mie,
Tant que s’écoulera le sable de la vie.

Au revoir pour un temps m’amour,
A te revoir dans peu de temps!
Je reviendrai, mon seul amour,
Même de l’autre bout du monde.

rose-rouge-velour

# 35 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Avec une petite journée de retard, je poste l’instant poésie de la semaine. Et comme il y avait longtemps et que je trouve ces fables indémodables, je vous propose un texte de Jean de La Fontaine.

lafontaine_rigaud

L’Âne et le petit Chien

Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce :
Jamais un lourdaud, quoi qu’il fasse,
Ne saurait passer pour galant.
Peu de gens, que le Ciel chérit et gratifie,
Ont le don d’agréer infus avec la vie.
C’est un point qu’il leur faut laisser,
Et ne pas ressembler à l’Ane de la Fable,
Qui pour se rendre plus aimable
Et plus cher à son maître, alla le caresser.
« Comment ? disait-il en son âme,
Ce Chien, parce qu’il est mignon,
Vivra de pair à compagnon
Avec Monsieur, avec Madame ;
Et j’aurai des coups de bâton ?
Que fait-il ? il donne la patte ;
Puis aussitôt il est baisé :
S’il en faut faire autant afin que l’on me flatte,
Cela n’est pas bien malaisé.  »
Dans cette admirable pensée,
Voyant son Maître en joie, il s’en vient lourdement,
Lève une corne toute usée,
La lui porte au menton fort amoureusement,
Non sans accompagner, pour plus grand ornement,
De son chant gracieux cette action hardie.
« Oh ! oh ! quelle caresse ! et quelle mélodie !
Dit le Maître aussitôt. Holà, Martin bâton!  »
Martin bâton accourt ; l’Ane change de ton.
Ainsi finit la comédie.

ane et chien

# 34 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Le printemps a l’air de vraiment s’installer, pour notre plus grand plaisir, un peu de chaleur et du soleil, vont faire du bien. Je vous propose aujourd’hui, un jolie poème d’un auteur québécois Louis-Honoré Fréchette sur le mois d’avril.

frechette

Avril

La neige fond partout ; plus de lourde avalanche.
Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ;
La sève perce l’arbre en bourgeons palpitants
Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.

Un vent tiède succède aux farouches autans ;
L’hirondelle est absente encor ; mais en revanche
Des milliers d’oiseaux blancs couvrent la plaine blanche,
Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.

Sous l’effluve fécond il faut que tout renaisse…
Avril c’est le réveil, avril c’est la jeunesse.
Mais quand la Poésie ajoute : mois des fleurs –

Il faut bien avouer – nous que trempe l’averse,
Qu’entraîne la débâcle, ou qu’un glaçon renverse –
Que les poètes sont d’aimables persifleurs.

fleur