Archives du mot-clé poème

# 48 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, comme tous les jeudi, je vais vous présenter un poème. Cette fois, il s’agit d’un poème breton de Anatole Le Braz. J’espère que celui-ci vous plaira.

AVT_Anatole-Le-Braz_1026

Au lavoir de Keranglaz

L’étang mire des fronts de jeunes lavandières.
Les langues vont jasant au rythme des battoirs,
Et, sur les coteaux gris, étoilés de bruyères,
Le linge blanc s’empourpre à la rougeur des soirs.

Au loin, fument des toits, sous les vertes ramées,
Et, droites, dans le ciel, s’élèvent les fumées.

Tout proche est le manoir de Keranglaz, vêtu
D’ardoise, tel qu’un preux en sa cotte de maille,
Et des logis de pauvre, aux coiffures de paille,
Se prosternent autour de son pignon pointu.

Or, par les sentiers, vient une fille, si svelte
Qu’une tige de blé la prendrait pour sa soeur ;
C’est la dernière enfant d’un patriarche celte,
Et sa beauté pensive est faite de douceur.

Elle descend, du pas étrange des statues,
Et, soudain, au lavoir, les langues se sont tues.

L’eau même qui susurre au penchant du chemin
Se tait, sous ses pieds nus qui se heurtent aux pierres,
On voit courir des pleurs au long de ses paupières,
Et sa quenouille pend, inerte, de sa main…

L’étang mire, joyeux, des fronts de lavandières,
Et sait pourtant quel deuil ils porteront demain !…

lavoir

# 47 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, dans cet Instant Poésie, je vais vous présenter deux textes d’un poète belge, Yann Suerte que je ne connaissais pas encore il y a quelques jours. C’est Guilhaine Chambon, auteur du roman Résultat des courses et dont je vous avais aussi proposé un texte lors d’un précédent numéro de ce rendez-vous qui me l’a fait découvrir et je l’en remercie.

Je n’ai jamais vécu sans passion…
Elle m’a conduit à mes premiers pas, mes premiers émois…
Mes premiers mots, mes premières larmes…
Elle m’a emmené aux sommets des cathédrales,
au cœur des cirques antiques…
Elle m’a fait embrasser la vie à pleines mains…
Et j’ai aimé la danser plus que tout…
Je m’y suis aveuglé aussi…brûlé et détruit…
On l’a enchaînée…
ensevelie sous des gravats de titres haineux…
On l’a jugée et condamnée pour ses errements…
Mais je n’ai jamais vécu sans passion…
Et je ne vivrai plus sans elle…
Elle est mon feu, ma flamme…
Mon souffle et mon âme…
Elle est mon cœur…
Une, unique et inaliénable.

passion

L’atelier

Assise dessous les combles,
Juchée dessus le temps,
Elle s’enlace de ses amis,
S’angoisse de ses amants…
Et du bout de ses velours
Froisse d’invisibles absences,
Murmure d’indicibles caresses…
Elle s’entoile de sombre,
S’assombrit de lune
Et « s’enpleure » d’étoiles
Pendue aux silences des petites mains…
Assise dessous les combles,
Juchée dessus le temps,
Elle s’effile au gré des notes,
Au fil des pas, aux vers des poètes…
Et du bord de ses dentelles,
Se fronce d’impassibles attentes,
S’emmaille d’impossibles étreintes…
Elle se ganse de triste,
« S’entisse » de vieux
Et s’empèse de galons effacés.
Perdue aux silences des petites mains…
Assise dessous les combles,
Juchée dessus le temps,
Pendue dessus les cintres…
Perdue dessous les autres…
Et du bout de ses heures,
L’atelier s’endort…

atelier

# 46 – Instant Poésie

Bonsoir à tous,

Je ne suis pas très en avance aujourd’hui, mais je viens tout de même vous proposer ce soir un nouveau poème, et pour cette semaine, j’ai choisi de vous présenter un texte lu très récemment tiré du recueil Ironie du sort de Gabriella Bozzano.

ironie du sort

L’amour du poète

Vos cheveux semblables à l’ébène
Mettent en avant votre teint blême.
Vos courbes que jalousent les déesses
N’ont d’égale que votre jeunesse.

Sainte image que j’aime et vénère,
Je vous protège tel un Cerbère.
Radieuse femme vivant sous ma plume.
Belle Vénus naissant de l’écume.

Comprenez-moi jeune pucelle
Ne sera jamais assez belle.
Hélas, je ne suis qu’un poète.
Pour moi, vous n’êtes pas parfaite.

Et je ne désire que cette femme,
Celle capable de brûler mon âme.
Un jour, je voudrais la croiser
Pour ne plus jamais la quitter.

Arrêtez tous vos stratagèmes.
Pour moi, vous n’êtes que problèmes.
Partez ! Laissez moi donc en paix !
Elle seule est digne du verbe « aimer ».

peinture

# 45 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Aujourd’hui dans l’Instant Poésie, je vais vous faire découvrir un très joli texte de Guilhaine Chambon auteur de Résultat des courses dont vous pouvez retrouver ma chronique ici . Je tiens d’ailleurs à la remercier pour le partage et pour m’autoriser à publier sur mon blog.

Au jardin embaumé de silence

Au jardin embaumé de silence,
Le jour glisse comme un navire coule doucement
Le saule pleure effleurant une mare rosée
Où le jonc paresseux repose.
L’enfant a peur de son ombre
Dans la nuit qui s’étire et s’allonge
Et distille au poète rêveur,
Les premiers vers d’un dernier bonheur.
Il y a si longtemps qu’ il n’avait ouvert son cœur
A t-il perdu toute civilité?
Alors, sous le regard impassible
De l’ombre qui grandit
Sur la feuille blanche, il croque
Le rêve de toutes ses nuits
où les yeux rives dans l’immense
Le poète, lui pense..
Pense t-elle à lui?
Songe,soupir
Au loin, le vent fait gémir les feuilles
Le saule s’est noyé dans la mare rosée
Le ciel s’est allumé
L’enfant dort baignant dans son ombre.
Nuit saphir dans la pierre  du temps.
Il sait,
La brise referme la porte.
Jamais il n’étendra sa vie
Sur le fil au jardin tristesse
Les émotions qui le font  vibrer comme cette corde vivante
Sanglote sous l’archet.
Il garde au fond de lui l’envers de son décor
Venez sur la scène de sa vie
Mais,
Qui d’entre tous  a le meilleur rôle ?
Et le train des jours fuyant vers l’inconnu
Une voie sans gare, rase campagne, arrêt .
Il verse une dernière larme dans l’urne inviolable
De son cœur désabusé
Vivier du désespoir
Spasmes de tant d’espoirs
Oh toujours confondus dans l’instant illusoire.
Il saura se parer de dérisoire pour éviter le regard indiscret
De ceux qui ne sauront jamais…

Lui, ne sort jamais pour entrer chez quelqu un
Il ait quelqu’un en lui ,et tout lui semble si loin.
La feuille affamée de mots,
Il écrit comme l’eau s évapore
Il écrit comme d’autres se noient
Il écrit pour oublier, pour devenir buée.
Dans chaque phrase, tant il aime si fort
Il est le verbe et le sujet
Elle est son je, il est son toi.
Il rêve, à ses yeux
Deux perles que la passion n’arrive à sécher
A ses cheveux
Sculpture d’ébène venue d’un pays lointain
A son âme
Un puits, un drame.
Dans l’absolu silence, souvent il y pense.
La fleur émue de cet aveu se dévêt d’un pétale
Elle offre son cœur pâle aux regards, s’abandonne.
Il ne veut pas sucer le bonbon habitude,
Il préfère parcheminer son front des sillons de l’incertitude.
Assis au milieu des ténèbres, il se console
Il consume la solitude, ranger les choses à leur place
Et son cœur dans son écrin oscillant entre amour et oubli .
Ne pas tarir dans les silences et respirer de sa présence.
L’enfant s’éveille un bout de nuit usé au creux de son point serré.
Lui referme le livre doucement
Pour que ne s’évade pas cette poussière de tendresse
Et garder simplement
L’amer, le goût tenace d’avoir aimé et se souvenir comment tout s’efface.
Il sait
Il gardera ses yeux comme une source triste
Y  puiserat-il encore les mots de la tendresse?
Il referme le livre sans postscriptum
Le range sur l’étagère entre Vian et Appolinaire
Sa vie ne fut sans doute qu un étrange mystère
Il murmure…je l’aime

van-gogh-19

Ironie du sort

ironie du sort

Auteur : Gabriella Bozzano

Genre : Poésie, Nouvelle

Edition : Amazon

Titre : Ironie du sort

Quatrième de couverture :

Approchez futur âme damnée. Venez souffrir avec nous. Laissez derrière les regrets et abandonnez votre courroux. Installez-vous donc près des fleurs et oubliez votre chair. Préparez vous à la douleur et bienvenue en enfer.

Quelques mots sur l’auteur :

Gabriella Bozzano est née en 1987 à Antibes. Depuis toute petite, elle s’intéresse à l’écriture et écrit très tôt ses premiers poèmes. Plus tard, sa passion pour la lecture lui fait découvrir les plus grands poètes. Elle publie son premier recueil de poème, Cercles vicieux, à l’âge de 18 ans. A la même période, elle découvre les thrillers qui changeront sa vision des choses. Elle entamera alors des études de Psychologie, puis finalement des études de Lettres Classiques.

Ma chronique :

Je tiens dans un premier temps à remercier chaleureusement Gabriella Bozzano qui m’a contacté pour lire son recueil de poèmes et de nouvelles car j’ai vraiment passé un très bon moment.

C’est un tout petit recueil, je l’ai lu très vite, mais il y a plein de texte qui restent en tête longtemps après les avoirs lus. Vous le savez sans doute, j’adore la poésie, vous pouvez en avoir un aperçu chaque jeudi dans mon « Instant Poésie » sur le blog. J’ai donc commencé Ironie du sort en sachant que s’était de la poésie, mais sans vraiment savoir où je mettais les pieds. Je peux vous dire maintenant que ma lecture est finie que je fus agréablement surpris et que je me suis retrouvé dans un univers qui me plaît.

Dans ce recueil, il y a des textes qui parlent de l’amour, partagé ou non, dit ou non dit, il y a des textes qui parlent de la maladie, de la mort, de la solitude … Ce n’est pas des thèmes vraiment joyeux de premier abord, mais j’ai trouvé qu’il y avait également une pointe d’espoir dans tous ces textes, que lors de la première lecture, effectivement j’ai ressenti un certain spleen (et moi j’adore, c’est tout à fait mon univers) mais quand j’ai repris certains textes, j’ai vu de l’espoir, j’ai ressenti une note de positivité … J’aimerais d’ailleurs si l’auteur passe par ici lire ma chronique qu’elle me donne son point de vue sur la question.

Dans ces textes, je ressens comme chez un certain Baudelaire, excusez moi du peu, une association entre des opposés, le mal et la beauté, la haine et l’amour. J’aime ce style que je considère très moderne et qui moi me parle.

Pour les nouvelles, je dois avouer que je suis moins à l’aise avec elles, mais tout comme les poèmes, j’ai ressenti une sorte de bataille intérieur. Elles sont courtes ce qui du coup reste très agréables à lire.

Voilà, encore merci à Gabriella Bozzano et si vous me l’autorisez, je souhaiterais partager quelques uns de vos textes lors du rendez-vous « Instant Poésie ».

Ma note : 09/10

# 43 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je vous propose un joli poème de José Maria de Heredia, en espérant qu’il vous plaise. Surtout n’hésitez pas à me dire si vous avez des poètes préférés et si vous souhaitez que je diffuse certains de leurs textes ici-même.

Jose-Maria-de-Heredia

Soleil couchant

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

soleil couchant

# 42 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Me revoilà aujourd’hui avec un nouvel instant poésie. Je vous propose dans celui-ci un nouveau poème de Charles Baudelaire, car pour moi il reste indétrônable, il y a quelque chose dans ses textes qui me touchent.

baudelaire

Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

La-nuit-etoilee-van-Gogh

La provende des sibylles

provende

Auteur : Philippe Souchet

Genre : Poésie

Edition : Les Eclosions Asynchrones

Titre : La provende des sibylles

Quatrième de couverture :

Quel cadeau offrir à une enchanteresse pour qu’elle accepte de changer votre destinée ?
De la poésie, peut-être…

J’ai tué douze chevaux à force de courir
Après l’une ou l’autre des gemmes idéales
Qui sauront provoquer tes visions infernales.
J’ai parcouru le monde pour ton bon plaisir,

Pour que, de tes encens aux volutes blafardes,
Ou d’un corbeau ouvert aux entrailles bavardes,
Tes souhaits exaucés, me consentant un mot,
Tu me parles de ceux qui sont partis trop tôt.

Vois donc : j’ai arraché d’un volcan d’Atlantis
L’oeil pierreux d’un titan; contemple son iris !
Le soupir de métal aux reflets de lagune
D’un drap lourd de Damas brodé d’or et de lune…

Tu rejettes, blasée, l’une de mes sacoches,
Qui s’ajoute aux trésors à tes pieds amassés.
Que n’ai-je donc pas fait, et que tu me reproches ?
Qu’attends-tu donc de moi si ce n’est pas assez ?

Dans ce recueil, Philippe Souchet utilise toutes les formes poétiques, des plus classiques (quatrains d’alexandrins, d’hexasyllabes, d’octosyllabes) jusqu’à la prose non rimée laissée libre, en longues odes ou en 140 caractères, mais toujours pour revenir aux mêmes thèmes: la passion dévorante, l’absence, l’aventure (tant intérieure que lointaine), l’exploration (aussi bien de mondes antiques ou fantastiques, que celle, plus intime, des facettes contrastées de l’âme humaine).

C’est donc bien dans un voyage magique, hypnotique et initiatique, que ces « sibylles » nous entraînent sur 150 pages, dans un beau livre illustré par Klimt, Moreau, Hugo, Hokusai…

Quelques mots sur l’auteur :

Philippe Souchet est né en 1970. Il vit dans la région parisienne. Après deux romans, Incarnations paru en 2011, et Le retour à Orphalèse en 2016, La provende des sibylles est son premier recueil de poésie.

Ma chronique :

Je tient d’abord à remercier Philippe Souchet pour l’envoi de son recueil et pour la confiance qu’il m’accorde. Je suis un grand admirateur de poésie, comme vous pouvez le découvrir chaque semaine à travers le rendez-vous « L’Instant Poésie », mais je n’ai jusqu’à présent jamais chroniqué de recueil de poésies donc je vais essayer de vous livrer mon ressenti avec mes mots. N’hésitez donc pas à me donner vos remarques en commentaire.

Philippe Souchet, nous offre donc avec La provende des sibylles sont premier recueil de poèmes, et je peux dire que s’est une réussite. Je n’ai pas adhéré à tous ses textes, mais j’ai vraiment apprécié l’atmosphère qui se dégage de se recueil. J’aime beaucoup les différents univers que l’auteur nous propose. Il y a des textes parlant de divinités et de mythologie, d’autres nous parlant de l’actualité, d’autres encore ont plus un style « science-fiction ». Ce mélange a vraiment bien fonctionné sur moi, je ne me suis pas du tout ennuyé à la lecture de ce recueil comme l’on pourrait des fois s’y attendre quand l’on lis ce genre de livre.

Je ne suis pas un expert des genres poétiques, mais je sais quand même en reconnaître quelques uns et en plus des différents univers proposés, j’ai également apprécié les multiples genres utilisés. J’ai bien aimé en fin de recueil les « quelques trilles de l’oiseau bleu » ainsi que nombres de jeux de mots que je vous invite vraiment à découvrir à travers les pages de ce recueil.

Une très bonne idée également est les illustrations qui viennent égayer les pages de ce livre. Nous retrouvons du Hugo et du Klimt entre autre et je trouve cela très agréable d’imager ces textes par de grandes œuvres.

Voilà, j’espère vous avoir donné envie de vous plonger dans ce recueil qui mérite d’être connu. Quant à moi, je continuerais de temps en temps à vous partager des textes lors de mon « Instant Poésie ».

Ma note : 07/10

# 41 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

J’ai le cœur lourd aujourd’hui, car ce matin, comme trop de fois ces derniers temps, au réveil, j’apprends que l’horreur a encore frappée. Je ne comprends pas que l’on puisse s’en prendre à des innocents, à des enfants, à de simples gens cherchant tout simplement dans leurs quotidiens à ne pas penser à toutes ces horreurs et à profiter de la vie qui contrairement à ces fanatiques, ces rejetons du démon, ces innommables personnes, cette vie qui leur était précieuse. Cette vie que nous devons continuer à célébrer. Cette vie que nous devons tous vivre à 100 %, pour montrer à ces monstres que nous sommes tous toujours là, tous ensemble à continuer à croire que ce n’est pas eux les vainqueurs. Alors continuons à lire, à chanter, à rire, à nous exprimer, enfin bref à vivre pleinement cette vie qui nous est offerte.

Dans cette optique, je compte vous proposer tout de même le poème que j’avais prévu de vous présenter cette semaine. Il s’agit encore une fois, d’un texte de Philippe Souchet, tiré de son recueil La provende des sibylles. Recueil dont je vais bientôt vous parler plus concrètement.

Promesses d’un roman

Vas-y, ouvre !
Laisse-toi tenter …

Ça fait un petit moment que tu me tournes autour,
qu’est-ce que tu attends ?

Je te fais peur ?
Qu’est-ce qu’il y a, je suis trop gros ?
Je présente mal ?

J’ai de la bonne came en magasin,
qu’est-ce que tu recherches ?

De la romance ?
Evidemment, c’est ce qu’elles veulent toutes.
J’en ai.
Mais attention, pas de la guimauve, hein ?
Du lourd, avec des amours impossibles, et tout !

Des mecs sublimes
(et des nanas, à toi de voir),
des quiproquos, des engueulades, des retrouvailles…
Et des happy ends à n’en plus finir.

Je vais te faire rêver,
te faire voir du pays,
te faire grimper au rideau.

Tu veux du suspense, en plus ?
Tu aimes ça, hein ?
J’en ai.
Des frissons ?
Je peux t’en donner aussi.

Je vais t’emmener loin d’ici,
dans des coins inimaginables,
sombres à hurler, féeriques à pleurer,
avec des méchants méchants
et des énigmes introuvables.

Je vais te déstabiliser,
te manipuler,
te faire tourner en bourrique,
te perdre à en devenir folle.

Tu me détesteras pour ça.

Tu m’adoreras pour ça.

Euh non… non,
pas d’apocalypse nucléaire ni de zombies, désolé.
Un crime ou deux peut-être, si besoin,
mais la mort, il n’y a pas que ça dans la vie …

C’est ça, rien qu’une petite histoire
alambiquée juste ce qu’il faut,
mais sacrément bien ficelée,
pour t’aérer la tête,
te faire bronzer les neurones !

Allez, ouvre-moi,
Je vais changer ta vie …

livre

pray london

# 40 – Instant Poésie

Bonjour à tous,

Un certain nombre d’entre vous ont peut-être la chance de faire le pont ce week-end et auront donc la chance de profiter à fond du soleil et de la chaleur avec j’en suis certain de bonnes lectures à vos côtés. Pour ma part aujourd’hui, je travail mais dès ce soir je suis en week-end et en plus avec ma femme donc c’est vraiment cool.

Je vous propose aujourd’hui, des extraits d’un poème de Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire, j’espère que cela vous plaira.

Guillaume-Apollinaire

Le Bestiaire 

Orphée

Admirez le pouvoir insigne
Et la noblesse de la ligne :
Elle est la voix que la lumière fit entendre
Et dont parle Hermès Trismégiste en son Pimandre.

La tortue

Du Thrace magique, ô délire !
Mes doigts sûrs font sonner la lyre.
Les animaux passent aux sons
De ma tortue, de mes chansons.

Le cheval

Mes durs rêves formels sauront te chevaucher,
Mon destin au char d’or sera ton beau cocher
Qui pour rênes tiendra tendus à frénésie,
Mes vers, les parangons de toute poésie.

Le serpent

Tu t’acharnes sur la beauté.
Et quelles femmes ont été
Victimes de ta cruauté !
Eve, Eurydice, Cléopâtre ;
J’en connais encor trois ou quatre.

Le chat

Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.

Orphée

Que ton coeur soit l’appât et le ciel, la piscine !
Car, pêcheur, quel poisson d’eau douce ou bien marine
Egale-t-il, et par la forme et la saveur,
Ce beau poisson divin qu’est JESUS, Mon sauveur ?

Le dauphin

Dauphins, vous jouez dans la mer,
Mais le flot est toujours amer.
Parfois, ma joie éclate-t-elle ?
La vie est encore cruelle.

Orphée

La femelle de l’alcyon,
L’Amour, les volantes Sirènes,
Savent de mortelles chansons
Dangereuses et inhumaines.
N’oyez pas ces oiseaux maudits,
Mais les Anges du paradis.

Les sirènes

Saché-je d’où provient, Sirènes, votre ennui
Quand vous vous lamentez, au large, dans la nuit ?
Mer, je suis comme toi, plein de voix machinées
Et mes vaisseaux chantants se nomment les années.

Le paon

En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.